Histoire & origine
Avant les moteurs et les tracteurs, le bourrelier et le sellier habillaient le cheval de travail et de selle. Ils taillaient, cousaient et assemblaient colliers, brides, harnais, selles et sacoches — des pièces dont la solidité conditionnait la vie économique entière des campagnes et des villes. Deux branches d'un même art du cuir, longtemps confondues, parfois associées dans le même atelier.
Savoir-faire & techniques
- Confectionnait colliers de trait, bricoles, sous-ventrières et harnais complets pour chevaux de labour et de transport
- Taillait le cuir à plat avec la demi-lune, puis l'assemblait par couture au ligneul et à l'alène en selle-point sellier dit 'point sellier à deux alènes'
- Bourrissait les pièces volumineuses (colliers, bourrelets) à l'aide de paille de seigle, de crin végétal ou de kapok pour amortir la traction sur l'animal
- Réalisait selles de travail, selles de cavalerie, arçons en bois recouvert de cuir tendu et cousu sous tension
- Entretenait et réparait harnais usés : graissage au suif ou au noir de bottes, remplacement des boucles, renfort des coutures
- Fabriquait également objets de sellerie fine : ceinturons, sacoches de voyage, guêtres, gibernes militaires et colliers de chien
Un collier de trait mal bourré ou mal cousu, c'est un cheval blessé à l'épaule et une récolte perdue. Le bourrelier tenait la ferme debout autant que le forgeron.
Pourquoi ce métier a disparu
La mécanisation agricole — charrues à vapeur dès les années 1880, puis tracteurs après 1918 et surtout après 1945 — supprime progressivement le cheval de travail. Le nombre de bourreliers s'effondre entre 1930 et 1960. En 1900, la France comptait plus de 30 000 ateliers de bourrellerie-sellerie ; en 1970, quelques centaines subsistent, souvent reconvertis vers la maroquinerie de sport ou l'équitation de loisir.
Ce qu'il en reste aujourd'hui
Le point sellier à deux alènes, reconnu aujourd'hui comme l'une des techniques de couture les plus solides et les plus durables, est perpétué par les grandes maisons de maroquinerie de luxe françaises. La sellerie équestre sportive — selles de dressage, de saut, de polo — reste un artisanat vivant, classé au titre des métiers d'art en France. La formation de sellier-maroquinier existe encore dans plusieurs lycées professionnels.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre bourrelier et sellier ?
Le bourrelier fabriquait les harnais de travail et de trait — tout ce qui permettait au cheval de tirer une charrette ou une charrue. Le sellier confectionnait les selles et l'équipement du cavalier. En pratique, dans les petites villes et les campagnes, les deux activités étaient souvent exercées par le même artisan dans le même atelier.
Comment le bourrelier confectionnait-il un collier de trait ?
Il commençait par tailler une enveloppe de cuir épais, qu'il cousait sur trois côtés en point sellier. Il bourrait ensuite l'intérieur couche par couche de paille de seigle ou de crin, en tassant régulièrement pour obtenir une densité homogène capable d'amortir la pression sans blesser l'épaule du cheval. La forme définitive était obtenue sur un gabarit en bois propre à chaque taille de cheval.
Le métier de sellier a-t-il vraiment disparu ?
Pas totalement. La sellerie équestre sportive et de loisir maintient une demande réelle, et certaines maisons de luxe — notamment dans la maroquinerie de haute gamme — recrutent des selliers formés au point sellier traditionnel. Mais la bourrellerie de travail agricole, elle, a bien disparu avec le cheval de labour. Il reste moins d'une centaine de bourreliers-selliers artisanaux en France pratiquant le métier dans sa forme historique complète.
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